• bernadette desage

Fabuleuse littérature japonaise

Dernière mise à jour : 25 mars

Le temps des bouquineurs 19 mars 2022


Découvrir la littérature japonaise grâce à des lectrices qui ont vécu au Japon est une chance. Nous avons évoqué des auteurs contemporains et classiques et certaines valeurs fondatrices de la société japonaise et de son art de vivre. La parole ne se tarissait pas tant la passion était au rendez-vous. Ce fut dense, interactif et tellement gai.

Pour terminer, Michèle a présenté un livre d’un auteur breton. Quel rapport, vous interrogez vous ?

Edith a fait le lien en citant un haïku d’Yvon Le Men.




Nous avons parlé des livres et auteurs suivants :

  • · Ames brisées Akira Mizubayashi

  • · Abandonner un chat Murakami

  • · Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil Murakami

  • · Le poids des secrets Aki shimazaki

  • · Tant que le café est encore chaud Toshigazu

  • · Konbini La fille de la supérette Kawakuchi

  • · La république du bonheur Ito Ogawa

  • · L’été de la sorcière Kaho Nashiki

  • · Le fusil de chasse Yasushi Inoue

  • · Kawabata

  • · Mishima

Ames brisées par Akira Mizubayashi Gallimard 2019

L’auteur, universitaire à Tokyo a écrit plusieurs livres en français, dont celui-ci.

Martine nous dit « C’est l’histoire d’un deuil qui ne se fait pas, d’une obsession. Pendant la guerre Sino japonaise, l’enfant a été caché dans une armoire à l’arrivée des soldats qui arrêtèrent ses parents et brisèrent le violon du père. Un lieutenant vit l’enfant et ne le dénonça pas.

Le petit garçon grandira obsédé par le passé, en voulant reconstruire le violon de son père.

Son enfance était comme un espace gelé dans sa tête.

La fin du deuil intervient quand il reconstruit le violon et l’offre à une concertiste, fille du lieutenant qui l’a protégé.

De nombreuses références à la musique classique. »


Critiques :

« Akira Mizubayashi marie dans une prose si simple qu’on la dirait cristalline, le naturalisme du roman français et la féérie des contes japonais. Son livre est un cadeau. » Jérôme Garcin, L’Obs

« Le nouveau roman de l’écrivain japonais Akira Mizubayashi livre une langue poétique, musicale, bouleversante et envoûtante. Une langue qui sait toucher par sa délicatesse au cœur de nos âmes. » Jean-François Cadet, RFI

« C’est un roman classique. Une langue élégante, une histoire ample et très émouvante. C’est un roman sur la musique, sur la transmission, sur la guerre, sur la fidélité des origines, sur l’amitié, sur la beauté du silence qui suit une sonate de Schubert. » Tahar Ben Jelloun, Le Point

L’auteur a écrit de nombreux autres romans.



Abandonner un chat Murakami Editions Belfond 20/01 /2022

Texte très court avec des illustrations dEmiliano Ponzi

Michèle nous narre l’anecdote du début du roman : « Murakami enfant et son père vont abandonner un chat sur la plage. Quand ils reviennent à la maison, le chat est pourtant présent.. Les chats sont très présents dans l’œuvre de cet auteur.

C’est un roman autobiographique autour de la figure du père. Il est soulagé que son père n’ait pas participé à un massacre.

C’est un roman sur le passé. Comment se libérer du passé »



Résumé éditeur :

« Je suis le fils ordinaire d’un homme ordinaire. Ceci est parfaitement évident. Mais au fur et à mesure que j’ai approfondi cette réalité, j’ai été convaincu que nous sommes tous le fruit du hasard, et que ce qui a eu lieu dans ma vie, dans celle de mon père, tout a été accidentel. Et pourtant, nous les humains, ne vivons-nous pas en considérant comme la seule réalité possible ce qui n’est après tout qu’un simple fait dû au hasard ? » Dans ce texte inédit en France, superbement illustré, Haruki Murakami se livre comme jamais. Au gré de ses souvenirs teintés d'une poignante nostalgie, il remonte le fil de l'histoire de son père, interroge la responsabilité de ce dernier pendant la guerre et lève le voile sur leur relation complexe... »

Extrait :

« Mais pour mon père, être encore en vie alors que ses anciens camarades étaient presque tous morts sur ces lointains territoires du Sud (pour beaucoup d'entre eux, on ne récupéra même jamais leurs ossements), c'était un motif de grande souffrance et un lourd fardeau moral. Je comprends beaucoup mieux à présent pourquoi, chaque matin, en pensant à eux, il fermait les yeux et, dans une attitude de profond recueillement, récitait longuement des sutras. »

Haruki Murakami figure majeure de la littérature contemporaine a écrit de nombreux romans, nouvelles, etc. Il a reçu de nombreux prix littéraires.



Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil Haruki Murakami Belfond 2002


Sonia a aimé « cette histoire d’amour et d’amitié, ce thème de l’amour d’enfance et le questionnement sur ce qui aurait pu advenir.

Hajime voit des années plus tard son amie dans son bar de Jazz où elle n’apparait que les jours de pluie.

L’écriture est simple mais seulement en apparence. On ne sait plus si on est dans la réalité ou l’imaginaire rêvé.

Le thème de l’enfant unique est aussi abordé et la réflexion sur le temps qui passe"

Résumé éditeur :

« À douze ans, Hajime rencontre Shimamoto-san, sa petite voisine. Avec elle, il découvre la musique, les sourires complices, les premiers frissons sensuels... Et puis celle-ci déménage, laissant à son ami le goût amer de l'abandon. Lorsque, trente ans plus tard, elle réapparaît, Hajime, rongé par le désir et la nostalgie, est envoûté par cette femme énigmatique, reflet de ses rêves perdus. Mais sous les traits délicats du visage de Shimamoto-san se cachent la souffrance, la folie et la destruction. Conte moderne dont émane un érotisme discret mais obsédant, ce roman, servi par une écriture d'une formidable densité, entraîne le lecteur au cœur des contradictions de héros en quête d'un inaccessible absolu. »









Citation :


Pour certains faits, on détient la preuve tangible qu'ils ont eu lieu. Notre mémoire et nos impressions sont trop incertaines, trop générales pour prouver à elles seules leur réalité. Jusqu'où des faits que nous tenons pour certains le sont-ils ? A partir d'où deviennent-ils seulement des faits que nous tenons pour "réels » ? Dans la plupart des cas, il est impossible de faire la différence. »












Le poids des secrets Aki Shimazaki Actes Sud 2010


Coffret de cinq livres. Sur chaque livre, il y a une fleur sur la couverture.

L’auteure :

« Née au Japon, Aki Shimazaki vit à Montréal depuis 1991. Toute son œuvre est disponible chez Actes Sud, notamment ses trois pentalogies.

La première pentalogie, Le Poids des secrets, comprend Tsubaki, Hamaguri (prix Ringuet), Tsubame, Wasurenagusa (prix Canada Japon) et Hotaru (prix littéraire du Gouverneur général du Canada).

Son deuxième cycle romanesque, Au cœur du Yamato, est composé de Mitsuba, Zakuro, Tonbo, Tsukushi et Yamabuki (prix Asie de l’Association des écrivains de langue française – ADELF).

Le troisième cycle, L’Ombre du chardon, comporte Azami (2015), Hôzuki (2016), Suisen (2017), Fuki-no-tô (2018) et Maïmaï.

Elle a débuté avec Suzuran (2020) un quatrième cycle dont Sémi fait partie également. Ces quinze volumes peuvent parfaitement se lire individuellement, ou dans le désordre - c'est bien là l'étonnant art de la construction que maîtrise Aki Shimazaki. » Sources : Actes Sud




Tant que le café est encore chaud Toshikazu Kawaguchi Albin Michel 2021


Martine : « c’est de la littérature populaire avec un aspect fantastique.

Avec un café, on peut retourner dans le passé. Il faut s’asseoir à une place précise dans le café et boire le breuvage tant qu’il est encore chaud, sinon on s’évapore et on devient fantôme

Morale très japonaise : s’arranger de ce qu’on a et ne pas se retourner vers le passé. On ne peut pas modifier le temps »

Résumé éditeur :

« Chez Funiculi Funicula, le café change le coeur des hommes. A Tokyo se trouve un petit établissement au sujet duquel circulent mille légendes. On raconte notamment qu'en y dégustant un délicieux café, on peut retourner dans le passé. Mais ce voyage comporte des règles : il ne changera pas le présent et dure tant que le café est encore chaud. Quatre femmes vont vivre cette singulière expérience et comprendre que le présent importe davantage que le passé et ses regrets. Comme le café, il faut en savourer chaque gorgée. »



Extraits :

« Par sa force d'âme, l'homme peut surmonter la plus douloureuse des réalités. Cette chaise ne change peut-être pas le présent, mais si elle change le cœur des hommes, c'est qu'elle a sûrement une signification importante… »


« Rentrer avant que le café ne refroidisse », c'était en effet une consigne assez vague et subjective. On pouvait très bien trouver le café froid alors qu'il restait encore du temps, ou au contraire se dire qu'il était encore chaud alors que le moment de rentrer était venu. Mais s'il suffisait de finir son café dès que le minuteur retentissait, c'était facile. Mlle Hiraï n'avait plus de souci à se faire. »


Konbini La fille de la supérette Sayaka Murata Editions Denoël 2021


« Pour la société, un individu qui n'est ni marié ni salarié n'a aucune valeur, il n'est bon qu'à être banni de la communauté ... »

Cet extrait est une parfaite synthèse de cet ouvrage dont vous trouverez une lecture plus complète dans la catégorie Parlons livres


Résumé éditeur :

Depuis l’enfance, Keiko Furukura a toujours été en décalage par rapport à ses camarades. À trente-six ans, elle occupe un emploi de vendeuse dans un konbini, sorte de supérette japonaise ouverte 24h/24. En poste depuis dix-huit ans, elle n’a aucune intention de quitter sa petite boutique, au grand dam de son entourage qui s’inquiète de la voir toujours célibataire et précaire à un âge où ses amies de fac ont déjà toutes fondé une famille. En manque de main-d’œuvre, la supérette embauche un nouvel employé, Shiraha, trente-cinq ans, lui aussi célibataire. Mais lorsqu’il apparaît qu’il n’a postulé que pour traquer une jeune femme sur laquelle il a jeté son dévolu, il est aussitôt licencié. Ces deux êtres solitaires vont alors trouver un arrangement pour le moins saugrenu mais qui leur permettra d’éviter le jugement permanent de la société. Pour combien de temps…




La république du bonheur Ito Ogawa Editions Picquier Aout 2020

Dans ce roman où on retrouve les protagonistes de La papeterie Tsubaki. Hatoko exerce toujours le métier d’écrivain public. Michèle et Martine nous disent l’importance du papier, de l’encre, de l’enveloppe. Puis viennent le choix des mots et la calligraphie.

L’auteure développe des thématiques positives sous le signe de l‘optimisme et de l’art d’être heureux. C’est l’art de vivre à la japonaise : le wabi sabi : se contenter de peu.

Qu'est-ce que le wabi-sabi au Japon ?

« Vivre une vie simple, accepter et apprécier l’imperfection de soi-même et surtout du monde qui nous entoure : voici comment pourraient être dessinés les contours du wabi-sabi, concept esthétique et spirituel japonais, très ancré dans la culture nippone ». Sources : Japan.Expérience.




Résumé éditeur :

« La vie est douce à Kamakura. Amis et clients se pressent dans la petite papeterie où Hatoko exerce ses talents d’écrivain public. Tendres, drôles ou tragiques, les destins se croisent sous son pinceau. Hatoko s’est mariée et découvre, en compagnie de Mitsurô et de sa petite fille, les joies d’être mère au sein de leur famille recomposée : elle enseigne à l’enfant l’art de la calligraphie comme le faisait sa grand-mère et partage avec elle ses recettes des boulettes à l’armoise ou du thé vert fait maison. Mais si Hatoko excelle dans l’art difficile d’écrire pour les autres, le moment viendra pour elle d’écrire ce qui brille au fond de son cœur.



Après La Papeterie Tsubaki se dévoile une fois de plus tout le talent d’Ogawa Ito pour nous révéler les sources invisibles du bonheur. »

Ito Ogawa a écrit de nombreux romans dont Le Restaurant de l’Amour retrouvé, Le Ruban, Le Jardin Arc-en-Ciel, La Papeterie Tsubaki.


L’été de la sorcière. Kaho Nashiki Editions Picquier. Mars 2021







Résumé éditeur :

« On passe lentement un col et au bout de la route, dans la forêt, c'est là. La maison de la grand-mère de Mai, une vieille dame d'origine anglaise menant une vie solide et calme au milieu des érables et des bambous. Mai qui ne veut plus retourner en classe, oppressée par l'angoisse, a été envoyée auprès d'elle pour se reposer. Cette grand-mère un peu sorcière va lui transmettre les secrets des plantes qui guérissent et les gestes bien ordonnés de conjurer les émotions qui nous étreignent. »






Comment alors ne pas céder à la tentation de lire cet ouvrage.?

Sonia a noté « la description des choses très simples de la vie. Ce livre est vraiment superbe, plein de justesse avec des personnages très attachants. Certaines scènes sont gravées dans ma tête comme des moments de douceur apaisante. Je vous le recommande ABSOLUMENT » dit-elle en lettres majuscules.

Nous avons développé nos impressions sur ce livre dans la rubrique Parlons livres.


Martine, Edith et Michèle présentent quelques auteurs classiques :

Inoue Yasuchi : le fusil de chasse

Il s’agit d’une liaison entre un homme marié et une femme divorcée. L’histoire est racontée par trois lettres, trois points de vue différents.

Du même auteur : Histoire de ma mère et Le maitre du thé



Kawabata né en 1899 a obtenu le prix Nobel de littérature. Son roman Pays de neige l’a établi comme un écrivain majeur

Mishima né en 1925 avec quelques livres dans une œuvre immense Le pavillon d’or La mort en été, Le grondement de la montagne, Les belles endormies. Sur ce dernier ouvrage, un désaccord apparait parmi nous : érotisme, voyeurisme ? « C’est gênant car ça manque de joie »

La notion de temps est capitale dans toutes ces œuvres ainsi que le thème de l’isolement et de la nature


Michèle présente Le journal d’un réalisateur de campagne par Alain Gallet. 2021

« Ce sont des histoires qu’il raconte. J’ai été attirée par les personnages. Le livre suit un ordre chronologique et parle de radio et de cinéma. » Michèle cite quelques exemples, notamment le film « Les outils de la passion » sur Yvon Le Corre, maitre de Titouan Lamazou, Suzy Solidor, l’abbé Bridel, « La lettre à Gabrielle » fille d’un réfugié espagnol. »

Alain Gallet dit « Je suis un documentariste de personnages »






Il en a rencontré beaucoup parmi les plus prestigieux, notamment sur la scène musicale bretonne.

C’est d’ailleurs après une rencontre avec le poète Yvon Le Men qu’il décide de quitter Paris et la promesse d’une belle carrière pour revenir vivre et travailler en Bretagne.

« Par chance et aussi par vouloir,

Je dors en Bretagne ce soir »

Il reprend ces vers de Gilles Servat. Il multiplie d’ailleurs les citations tout au long de cet ouvrage.



« C’est en 1976, qu’Alain Gallet entre à la radio par la musique et anime Sextant, sur Radio Armorique, radio régionale, une émission dédiée au folk rock et la chanson, avec des interviews d’artistes. « C’est une époque où ça bougeait beaucoup à Rennes, avec des associations d’étudiants qui montaient avec peu de moyens, des concerts avec Higelin, Téléphone, Gong… Salle de la Cité. » Les artistes, Alain Gallet les rencontre presque tous, réalise près de 150 interviews. Il passera ensuite à la télévision : TF1, France 2, France 3, travaillera avec Patrick Poivre d’Arvor et Roger Gicquel. Et se lance dans les documentaires, « pas des films sociétaux, mais autour de la parole et de la vie des gens. » « Alix et Dominique, transsexuels », « À chacun son désert », « Brocéliande, au-delà d’une brûlure », « Belle-Ile-en mer l’île aux pouces-pieds »… Et les portraits d’artistes Eric Le Lann, Dan Ar Braz, Gilles Servat… « réalisés à des moments de fracture, sur des questions que je me posais aussi moi-même. Car on ne fait pas des films sur les gens mais avec eux et avec soi. »

Source : Ouest France Agnès Le Morvan 30/11/2022

Le journal d’un réalisateur de campagne, d’Alain Gallet, 355 pages, 15 €. Contact : alaingallet.com


Edith conclut avec ce Haïku dYvon Le Men :


Plié dans l’armoire

Le ciel sent bon

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